Récupération de l'eau de pluie à l'échelle d'une ville. Le cas de Tokyo
Publié par Jacques Tiberi dans Billets Le
26/10/2025 à 14:23
Il y a plus de 40 ans, la ville de Tokyo (actuellement près de 14 millions d'habitants) a déployé un système de récupération d'eau de pluie destiné à alimenter les sanitaires, les jardins publics, les lave-linge et les services de lutte contre les incendies.
C'est en 1976 que son créateur, Mukoto Murase, fonctionnaire à la direction sanitaire de Sumida, une banlieue de Tokyo. Tokyo reçoit chaque année près de 2,5 milliards de tonnes d'eau de pluie, notamment lors des Tsuya et Akisana, les saisons des pluies. Pour éviter que les égouts ne s'engorgent, Dr Skywater (son surnom) a relié des réservoirs souterrains à des gouttières équipées de pré-filtres. Une eau non-traitée, disponible pour des besoins qui n'impliquent pas de contact direct avec le corps.
À l'époque jugée pas assez rentable pour l'équipe municipale en place, elle a été défendue par un maire d'arrondissement qui parviendra à mettre tout le monde autour de la table (génie civil, urbanisme, protection de l'environnement, prévention des risques), pour concevoir un système viable.
Un accès à une ressource essentielle gratuite et neutre pour l'environnement
Tout l'intérêt du système japonais est que l'acheminement de l'eau de pluie consomme peu d'énergie.
Le premier réservoir testé sera celui du stade de sumo Ryogoky Kokugikam, construit en 1980. L'installation de ce tank de 1000 tonnes a été rentabilisé en 5 ans et génère depuis plusieurs millions de Yen de revenu chaque année à la municipalité. Le projet a donc été élargi à plus de 30 % des constructions. Seul au-delà duquel, selon les études, la ville pourrait fournir 11 litres d'eau par jour et par personne à tous des habitants.
Ainsi, depuis 1995, dans l'arrondissement de Sumida-ku, chaque nouvel immeuble doit être équipé d'un réservoir. Et la ville a subventionné les particuliers souhaitant installer un réservoir chez eux.
Plus de 1000 bâtiments sont ainsi équipés à Tokyo.
Aujourd'hui, Makoto Murase fait le tour du monde avec son concept, qui intéresse au plus haut point les municipalités de Séoul (Corée du Sud) ou du Bengladesh.
"Les rivières, les bassins, les lacs sont polluées et impropres à la consommation. Les nappes phréatiques sont polluées. L'eau la plus potable est désormais l'eau de pluie. (En ville), quand l'eau de pluie s'écoule dans les égouts, elle se transforme en inondation. Si vous la collectez, elle devient une ressource. Ne pas le collecter, c'est la gaspiller." Mais, attention, toute la pollution de l'air passe dans l'eau de pluie qui peut être extrêmement polluée.
Mais, si l'eau de pluie peut être une source d'eau, elle ne peut être LA seule source disponible. Comme une réponse très efficace face aux flash flood qui pourraient toucher l'Europe.
Dans la ville, la minéralisation des surfaces (béton, macadam) entraîne une diminution de l'absorption d'eau par les sols. De plus, cela transforme les villes en îlots de chaleurs (+ 6°C) emprisonnés dans un micro-climat qui entraîne des pluies intenses. Donc, récupérer l'eau de pluie en ville a le double intérêt de réduire les inondations et augmenter les réserves d'eau.
Difficulté : l'investissement de départ est élevé : il faut une installation par immeuble.
Pour aller plus loin : en France, Issy les Moulineaux a déjà son système de tank contre les crues de la Seine (lire ici)