Greenstep Project : vers l'école écocitoyenne
Publié par La Rédaction dans Extraits du mag Le
14/08/2026 à 08:33
Greenstep Project. Pour que les jeunes de tous horizons aient le pouvoir de prendre soin d'eux-mêmes, des autres, de la planète et de notre avenir commun. par Louna Ghezi & Christophe Guyot, professeur·e·s des écoles.
Extrait du n°24 du Low-Tech Journal. Découvrir le magazine.
Tout commence par un rêve… Le rêve collectif de l'école de Doussard. Une école publique de trois cents élèves, située au sud du lac d'Annecy.
Après la période du confinement, l'équipe éducative revient à l'école. Elle est alors frappée par le manque de nature, la violence, la chaleur causée par la hausse des températures et amplifiée par le goudron, la monopolisation de la cour par les élèves plus âgés qui jouent au football, et par l'absence d'espaces propices à d'autres jeux. De ce constat naît le programme Plus verte mon école.
Pour réaliser ses rêves, encore faut-il rêver !
C'est la première fois que le collectif s'interroge sur le rôle de la cour, la place de l'enfant, les valeurs communes et celles de l'école.
Tout commence par un rêve fait ensemble, par les enfants de l'école, l'équipe éducative, les acteurs du bassin de vie de Doussard (parents, élus, associations, etc.) et guidé par Adrien, permaculteur et fondateur d'Ekosystem.
Le rêve commun permet d'élaborer une base et de mettre des mots sur les besoins et imaginaires de chacun, afin d'amener un projet coopératif et une énergie collective.
Passer du rêve à la réalité se construit plutôt comme un cycle : « rêver collectivement, faire un diagnostic des besoins, concevoir le lieu, vivre le lieu, réévaluer et recommencer cette boucle », nous dit Adrien.
Le chantier Plus verte mon école est inspiré de la philosophie de la permaculture : prendre soin de l'humain et prendre soin de la Terre. L'école a choisi de créer, ensemble, les nouveaux espaces de la cour, avec plusieurs chantiers participatifs. Les enfants, parents, enseignants et d'autres acteurs de la commune ont coopéré pour faire naître, au sein de la cour, un îlot de verdure et de paix.
Dans les différents espaces à leur disposition, les enfants inventent des jeux, des activités et s'engagent dans des projets coopératifs qui leur permettent d'échanger et d'apprendre ensemble.
« Le climat scolaire a vraiment changé, les enfants jouent ensemble, il n'y a plus de tensions comme précédemment, et ça a un impact très fort », explique Laurent, directeur de l'école. Il observe aussi que les enfants qui ont des difficultés ou qui sont plus manuels développent un autre lien avec l'école, car « on leur permet de jardiner, de bricoler, de faire des choses manuelles, d'être dans des coins plus tranquilles et, du coup, ils s'y sentent bien ».
En végétalisant leur cour de récréation, les familles de Doussard ont, sans le savoir, appliqué les principes de l'éducation écocitoyenne. Une pédagogie au service de la réussite de tous les élèves, qui donne aussi du sens aux métiers d'enseignant et d'éducateur.
Une pédagogie expérimentée de manière originale à travers l'Europe.
Prenons le train jusqu'à Berlin. À quelques minutes du cœur de la capitale allemande, la Bornholmer Grundschule a construit un Ökogarten, ou jardin écologique. Un espace extérieur où les élèves peuvent cultiver des plantes, observer la biodiversité locale et comprendre le cycle naturel des aliments. Ils y participent activement à toutes les étapes : préparation de la terre, plantation, entretien et récolte. Ce jardin offre un cadre concret pour apprendre à respecter la nature et gérer durablement les ressources.
Bifurquons maintenant vers le Portugal, où l'association ABAAE a développé plusieurs chantiers mêlant écologie et inclusion sociale. Parmi eux : Recreios com Vida (Récréations vivantes), une série d'activités ludiques qui remplacent le temps passé devant les écrans et favorisent la socialisation. Il y a aussi Hortas biológicas (Potagers bio) : des potagers scolaires, où les enfants cultivent des légumes et découvrent les cycles de la nature. Et encore les Oficinas de biodiversidade (Ateliers de biodiversité), pour observer et protéger la faune et la flore locales.
Retour en France, à Kembs, dans le Haut-Rhin, où l'équipe de l'école Tzama pratique « l'école du dehors ». Ici, les élèves passent de nombreuses heures en plein air, dans des espaces naturels aménagés avec potagers et zones de biodiversité.
Toutes ces activités ne se limitent pas à l'écologie : elles contribuent également au développement des compétences psychosociales, comme la coopération, la gestion des émotions, et la communication.
Ces initiatives montrent comment l'éducation écocitoyenne peut être à la fois inclusive et concrète, en mettant l'accent sur les pédagogies actives : les élèves expérimentent, manipulent, observent et s'impliquent dans toutes les étapes des initiatives.
Comprendre, agir, participer
C'est parce que l'éducation est un des leviers les plus puissants pour changer le monde que nous avons créé Greenstep.
Notre objectif ? Donner aux enseignants des outils d'action concrète pour mettre en pratique les trois grands principes de l'éducation écocitoyenne : comprendre, agir et participer.
Comprendre, c'est observer le monde qui nous entoure. Agir, c'est transformer ces histoires en initiatives tangibles et utiles, qui mettront en valeur l'engagement des élèves. Participer, c'est faire passer les élèves du statut de simples spectateurs à celui d'acteurs, à prendre part aux décisions et à coopérer pour agir.
L'éducation écocitoyenne est une pédagogie du soin et de la responsabilité. Un outil concret de transformation du quotidien.
Travaux pratiques éoliens
C'est sur ces bases que nous avons co-conçu un atelier d'initiation à la démarche low-tech avec des enseignant·e·s de l'Institution Saint-Malo La Providence. Il permet aux jeunes de mesurer leur impact direct sur la consommation d'énergie d'un objet. C'est une prise de conscience concrète, palpable et immédiate de notre empreinte carbone.
Construire une petite éolienne capable de recharger un téléphone mobilise à la fois des compétences du socle commun (comme s'impliquer dans un travail collaboratif) et des connaissances scientifiques, littéraires ou créatives (calcul, représentation, physique, collecte de données, présentation des résultats…).
« Une prise de conscience et de confiance », témoigne Maxime, enseignant au lycée.
Et si chaque établissement scolaire consacrait une heure dans la semaine à la low-tech ?
Plus de ressources libres sur greenstep-project.org