Publié par Jacques Tiberi dans Billets le 29/10/2025 à 22:35
Le 20 décembre 1990, un physicien anglais du nom de Tim Berners-Lee, alors employé au CERN (l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, en Suisse), créa le premier site web de l’histoire.
Ce site était un manuel d’instructions destiné à expliquer le World Wild Web, un système de partage d’informations qu’il venait tout juste de concevoir.
L'adresse de ce site ? http://info.cern.ch — une version restaurée toujours consultable aujourd’hui.
Berners-Lee inventera ensuite les trois piliers du Web :
HTML (HyperText Markup Language) pour structurer les pages,
URL (Uniform Resource Locator) pour les adresser,
HTTP (Hypertext Transfer Protocol) pour les récupérer.
En 1993, le CERN décide de rendre la technologie du Web libre de droits — un geste qui propulsa son expansion mondiale et donna naissance à Internet tel que nous le connaissons.
À cette époque, l’« internet » n'était plus l'ARPANET, et ressemblait à un dédale technique réservé aux chercheurs, militaires et informaticiens. Accéder à des données demandait des connaissances pointues, et chaque réseau parlait son propre langage.
Imaginez le CERN : des milliers de chercheurs du monde entier collaborent sur des expériences complexes. Chacun produit des montagnes de données, de rapports, de publications… mais impossible de les partager simplement.
Les fichiers étaient prisonniers de systèmes incompatibles : ordinateurs IBM, Mac, mainframes… chacun avec son format et son protocole.
Il fallait un langage commun.
Certains outils tentaient déjà de combler le fossé :
ARPANET, ancêtre d’internet, prouvait qu’un réseau décentralisé était possible, mais restait réservé à des usages militaires et universitaires.
Usenet permettait des discussions par forums, mais sans gestion documentaire.
Gopher, né à l’Université du Minnesota, proposait une navigation en menus hiérarchiques — une avancée, mais sans liens dynamiques entre documents.
Ce qu’il manquait encore, c’était une façon universelle et fluide de relier les informations, indépendamment de leur origine.
Avant le Web, Berners-Lee avait déjà créé un petit système de notes personnelles appelé Enquire, fondé sur des liens entre informations — le germe du futur hypertexte.
En mars 1989, il rédige une proposition intitulée :
« Information Management: A Proposal ».
Son supérieur y griffonne la légendaire remarque : « Vague, but exciting… »
Vague, mais prometteur. Le projet est lancé.
Berners-Lee travaille sur un ordinateur NeXT, conçu par l’entreprise de Steve Jobs après son départ d’Apple. Il y développe :
WorldWideWeb, le premier navigateur (et éditeur !), permettant non seulement de consulter, mais aussi de modifier les pages web.
httpd, le premier serveur web de l’histoire.
Sur l’ordinateur, une étiquette prévient :
“This machine is a server. DO NOT POWER IT DOWN!!”
Son site n’avait rien de spectaculaire, mais il incarnait une idée révolutionnaire : le lien hypertexte.
Pour la première fois, on pouvait passer d’une idée à une autre, d’un ordinateur à un autre, d’un pays à un autre — d’un clic.
En 1993, l’équipe du NCSA (Université de l’Illinois) lance Mosaic, le premier navigateur grand public, capable d’afficher des images.
Bientôt, Netscape Navigator s’impose, suivi d’Internet Explorer.
C’est le début des “guerres des navigateurs”, et du Web grand public : pages personnelles, GIFs clignotants, compteurs de visites et “pages en construction”.
Tim Berners-Lee ne voulait pas seulement inventer une technologie pour libérer le savoir, connecter les esprits et souhaitait rendre sa création accessible à tous.
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