Publié par Jacques Tiberi dans Billets le 07/10/2024 à 10:52
Solar Brother produit des cuiseurs solaires depuis 2016, dans le but de “démocratiser l'utilisation de l'énergie solaire à travers des solutions accessibles à tous”, selon son co-fondateur Gilles Gallo.
En 2022, l’entreprise a levé 1,3 million € auprès de divers investisseurs, avec, pour objectif, de devenir leader du marché des équipements solaires en France, et en Europe.
Ses produits phare (les cuiseurs solaires SUNGOOD et SUNGLOBE, ainsi que le chauffage solaire SUNAÉRO) ont plusieurs fois été primés au concours Lépine.
L’expérience Solar Brother est un parfait exemple d’entreprise à la fois ambitieuse et encrée dans la démarche low-tech. C’est même un cas d’école que je vous propose d’étudier.
Des liens avec la communauté low-tech apparaissent dès le départ de l’aventure Solar Brother : “ça fait 20 ans que je développe des fours solaires, nous explique Gilles Gallo. J’ai fait mon premier stage chez Bolivia Inti en 2004. Et, depuis, ça fait 20 ans que j’en développe dans mon garage.”
Pour info, l’association Bolivia Inti est la première que nous avons contactée au Low-Tech Journal pour nous aider à concevoir une marmite norvégienne.
On ajoute ensuite un effort sérieux d’éco-conception : tous les plastiques sont recyclés et recyclables (polypropylène), le bois est issu de forêts françaises autogérées. Lorsque la filière française n’existe pas, le partenaire est sélectionné en Europe (actuellement c’est au portugal).
Surtout, l’entreprise a développé, dans son propre centre de production, un tube solaire sous-vide pour remplacer les tubes jusqu’ici produits en Chine - à l'instar de tous leurs concurrents.
Second effort important engagé par l’entreprise : s’assurer que tous les éléments soient détachable, afin de pouvoir le réparer ou les remplacer. Et, donc, fournir les pièces détachées (par exemple les miroirs) ou un patron permettant.à un bricoleur de découper ses propres miroirs à la bonne taille.
Et Solar Brother va plus loin en fournissant gratuitement, sous licence Open Source, les patrons de la version “basique” de ses fours solaires. Ces plans sont disponibles en échange d’un simple email. “À la fin, explique Gilles, le client à le choix entre un produit DIY gratuit, une version en kit à 200 € (dont tous les éléments sont fournis sauf le bois), ou une version préfabriquée et clé en main, généralement deux fois plus cher.”
Enfin, on peut parler d’une recherche d’accessibilité financière. “On a toujours cherché à avoir un prix final qui soit accessible. Ça nous a obligé à faire le grand écart entre l’éco-conception d’une part et l’objectif de faire des marges. Donc, on s’est pas crispé sur des principes, on est resté dans le concret. Ça nous a probablement valu d’être vu comme une boîte 'consumériste'. Mais c’est le côté bien fini de nos produits qui nous a a permis de gagnér quatre fois de concours Lépine et qui a attiré l’oeil des caméras de télé. Et, à mon sens, cette stratégie à servi la raison d’être de Solar Brother : populariser l’utilisation de l’énergie solaire.”
Non, Solar Brother n’est pas une asso ni une coopérative. C’est une Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS), membre de la communauté de l’économie sociale et solidaire. D’ailleurs, parmi ses 500 actionnaires, les principaux sont deux fonds d’investissement de l’ESS.
Quand nos actionnaires nous demandent où sont les brevets, on leur répond que la meilleure protection c’est de se positionner sur le marché et d’être identifié comme une marque.
Solar brother est probablement aussi un cas à étudier pour imaginer une modèle d’industrialisation low-tech. Leur méthode se rapproche du principe Jugaad que l’on retrouve en Inde : “inutile de perdre du temps à chercher le produit parfait pour se lancer sur le marché. On est dans une démarche de progression itérative. On verdit progressivement le produit, au fur et à mesure qu’on gagne en retabilité.”
Pour autant, chaque produit est proposé en version DIY. C’est cette brique de base low-tech qui fait la différence. “Le plan du prototype du produit est accessible en open source. La seule différence entre cette version et la version industrielle ce sont des matériaux de structure plus qualitatifs - par exemple on remplace le bois à certains endroits par de l’aluminium.”
Cette volonté d’emplouvoirement des utilisateurs est, à mon sens, le critère clé qui permet d’identifier une démarche sincèrement low-tech. Ils ont récemment lancé un Centre solaire à Carnoules (Var), à la fois centre de R&D, de tests, mais surtout de formation et d’expérimentation par le grand public.
“Si on veut rendre la cuisson solaire accessible au public, il faut organiser des formations pour apprendre à chacun à constuire son four solaire, et à cuisiner avec. Soyons clairs : tant que les gens ne croiront pas aux systèmes low-tech, ils ne les utiliseront pas. Il faut leur prouver que ça marche, que la technique fonctionne, que l’énergie solaire est puissante !”
Voilà pourquoi ils ont inauguré un Centre Solaire en Juillet 2024, avec un atelier de co-construction de fours et des stages de découverte de la cuisine solaire avec deux chefs.
“Notre principal vecteur de développement, c’est le test en temps réel : c’est montrer que les fours marchent et qu’ils apportent même un meilleur goût !”
Ainsi, leur communication utilise de moins en moins les réseaux sociaux, et de plus en plus le contact réel, comme les salons, ou des restaurants, comme Le Présage à Marseille (voir reportage dans le n°14 du Low-Tech Journal).
L’entreprise a notamment utilisé son briquet solaire (SUNCASE Gear) primé au concours Lépine comme “démonstrateur de poche” qu’un simple miroir de 7 cm carré permet d’allumer un feu. Preuve que l’énergie solaire est très puissante.
Par ailleurs, plutôt que faire de la pub sur les réseaux, “on va chercher des créateurs de contenu, comme la cheffe Nadia Sammut qui est notre ambassadrice. Et qui donne envie d’essayer la cuisson solaire.”
Nous sommes bien ici en pleine application de la Stratégie du Y prônée par Alan Fustec et face à un cas d’école de démarche low-tech appliquée à une petite industrie locale.
Pour en savoir plus sur les projets de Solar Brother, rendez-vous sur leur site.
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