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Le Low-Tech Journal partenaire du film *1500 jours avant demain*, docu sur une superette autogérée

1500 jours film

Tout commence un soir d’avril, dans la pénombre d’une salle de projection. Sur l’écran, Food Coop, un documentaire vibrant d’énergie, raconte l’histoire d’un supermarché pas comme les autres à Brooklyn. À la fois clients et gérants, les adhérents du Park Slope Food Coop incarnent un modèle alternatif de consommation.

L’après-projection prend la forme d’un débat. Un projet naît : créer à Lyon un supermarché coopératif où chacun serait acteur, qu’il s’agisse de remplir les rayons ou de prendre des décisions collectives. Avec des objectifs vertigineux – 1,5 million d’euros, un espace de 1500 m², 3000 adhérents – tout semble irréalisable. Et pourtant, une idée germe : et si c’était possible ?

Ce docu parle de réinventer nos manières d’acheter, de produire et de vivre ensemble. L'équipe de Ginga a décidé de raconter cette utopie en devenir, caméra au poing. Entretien avec Damien Crétinon co-réalisateur du film dont le Low-Tech Journal est partenaire.

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Low-Tech Journal : Qu’est-ce qui vous a donné l’envie et l’idée de raconter l'histoire d'un supermarché autogéré.

Damien Crétinon : Quand j'ai découvert le film Food Coop et l'équipe du supermarché Demain, ça a touché une corde sensible. Je faisais déjà partie d'un jardin coopératif dans lequel on produit nous-même nos légumes, donc la réappropriation de nos moyens de consommmation était déjà important pour moi. Mais là ils appliquaient ce principe à un supermarché, qui est un symbole du grand capitalisme et de la société de consommation! Comment une poignée de personnes "amateures", au sens noble du terme, pouvait s'approprier ce qui semble être une machine de guerre commerciale? Comment on peut s'organiser à plusieurs dizaines, voire centaines de personnes pour travailler ensemble, dans l'horizontalité la plus totale? Comment on prend des décisions communes quand chacun a son mot à dire? C'était un formidable laboratoire de démocratie appliquée qui était en train de naître sous mes yeux.
 

Mais là ou l'intérêt pour un projet s'est transformé en un désir de film, c'est en voyant l'état d'esprit dans lequel ils abordaient leur entreprise: dans leurs paroles et dans leurs yeux, ce n'était pas un défi presque impossible, c'était une évidence à construire. Ils débordaient d'enthousiasme tout en ignorant comment s'y prendre. Ils étaient confiants: c'est la force du collectif qui trouverait les solutions, qui lèverait les obstacles les uns après les autres. Persuadés d'être à la juste place dans l'Histoire, ils ne pouvaient pas échouer.

LTJ : Le film parle de décroissance, d’éducation populaire, mais il pose aussi la question de "la technique" : chaîne du froid, gestion de la compta, etc... Demain, c'est un peu un supermarché low-tech ? 

DC : La gestion et le fonctionnement d'un supermarché demande un grand nombre de compétences plus ou moins spécialisées. Et un supermarché coopératif et participatif en ajoute d'autres (gouvernance partagée, démocratie directe, etc.). Si certains des membres du collectifs arrivent avec des compétences professionnelles qu'ils souhaitent mettre au service d'un projet qui a du sens, la plupart viennent essentiellement avec leur envie de faire. Beaucoup ont appris durant le processus de nouveaux savoirs et savoir-faire nécéssaires à sa bonne marche. Mais il reste que le supermarché doit rester accessible à toutes et à tous, que chaque tâche doit pouvoir être effectuée sans suivre une formation longue. Donc les outils sont rendus les plus accessibles possibles: ça passe par exemple par le développement d'un logiciel en collaboration avec d'autres supermarchés du même genre. Des fiches-process les plus simples possibles sont accessibles à chacun pour chaque opération, de la découpe du fromage en respectant les normes d'hygiène au suivi comptable et informatique des commandes. La réappropriation des moyens de subsistances passe par ce double-mouvement: Rendre les outils spécialisés plus simples, et donner accès aux compétences.

LTJ  : Quel était le plus grand défi de ce tournage ?

Quand on s'est lancé dans la réalisation du film, on s'est fait un peu contaminer par l'enthousiasme des acteurs. C'était évident qu'il fallait faire un film, il n'y avait qu'à suivre le mouvement. Mais on s'est vite rendu compte de la difficulté de la tâche: comment rendre compte d'un projet si protéiforme, s'intéressant à des domaines aussi variés que l'alimentation, le financement, le juridique, la communication, la gouvernance, et j'en passe. Nous devions trouver une porte d'entrée, qui permette d'entrevoir cette dimension plurielle sans se perdre dans chacun de ses méandres. On a pris le parti de garder comme fil conducteur la notion de faire ensemble. Quel que soit le sujet d'une séquence, d'une réunion, d'un événement, nous nous sommes intéressés à comment les interactions humaines créent le projet commun. On s'est donc appliqués à retransmettre le nécessaire désapprentissage des habitudes de pensées fondées sur la hierarchie et la verticalité, pour construire un mode d'action basé sur l'écoute et l'intelligence collective.
 

C'était aussi un petit défi narratif pour nous. Un film se construit autour de personnages. Mais pour que la forme rejoigne le fond, nous devions faire du collectif le personnage principal. Mettre particulièrement en avant une poignée de personne serait un echec à retransmettre la réalité et les valeurs du supermarché Demain. Nous devions trouver comment emmener le spectateur, lui faire vivre une aventure, rencontrer des gens, en lui donnant avant tout une idée de groupe. C'était une préoccupation constante lors des tournages, et c'est maintenant à l'épreuve du montage que nous devons confronter cette conviction: Dans la vie, comme dans un film, le groupe peut être narrateur.

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