Low-tech en t-shirt VS low-tech en col blanc ?

low tech bihouix corentin

Comme tout mouvement social, la low-tech a ses chapelles. D'un coup d'œil, on distingue les t-shirt du Low-tech Lab et le col blanc des Bihouixiens. Les uns prônent une résilience D.I.Y. Les autres dialoguent avec les industriels pour les faire virer de bord. On en a pas l'impression comme ça, mais les deux vont au même endroit. C'est du moins notre conviction, au Low-Tech Journal, dont les pages sont ouvertes à tout.e.s.

Quand l'AREP (dirigée par Philippe Bihouix) et l'Atelier 21 (mené par Cédric Carles, portraituré dans le #3) publient une tribune avec BNP Paribas Real Estate et des boss du Grand Paris... ça fait tout drôle.

« Ensemble, pour une transition urbaine low-tech » que ça s'intitule. Bon, d'accord, pourquoi pas ! Quand des super-bétonneurs prônent la ville low-tech, on se demande si ce ne sont pas des paroles en l'air. Et puis on se dit que c'est déjà ça de pris et que ça ne mange pas de pain aux graines de chia.

Une question d’échelle

Engager les entreprises dans une démarche low-tech, c'est ce qu'on appelle « l'innovation frugale ». Pléonasme ? Pour certains, c'est un peu comme dire « croissance sobre » ou « industrialisation douce ».

Pour d'autres, il n'y a pas vraiment de différence entre le four solaire DIY dont on trouve des tutos en ligne et ceux que vendent une association comme Bolivia-Inti, ou une startup comme Solar Brother.

Enfin, si, il y a bien une différence : celle de l'échelle.

Le DIY, c'est bien. Mais pour faire la révolution de l'isolation en matériaux biosourcés des HLM francilien d'ici 2035... le Do It Together (faisons-le ensemebl), c'est mieux ! Dans ce cas, faisons appel aux « professionnels de l’urbain », comme ils disent.

Mais ça ne doit pas empêcher pas de se bricoler des rocket stoves en boîtes de conserves (tuto dans le n°4), pour y faire cuire les légumes qui ont poussé dans notre potager d'interieur (le wicking bed, tuto dans le n°3) et terminer la cuisson dans notre marmite norvégienne en carton (tuto dans le n°1).

Trop Amish, la low-tech ?

La journaliste Christelle Gilabert a publié en 2020 un mémoire sur la question de l'image de la low-tech. Ses conclusions ?

1-la population connaît mal le concept de low-tech – et le confond souvent avec celui de DIY, voire de survivalisme.

2-beaucoup voient la low-tech comme une mouvance « rétrograde ». La fameux « modèle Amish » qui voudrait renoncer aux progrès de la science et de la médecine (alors que pas du tout !).

3-l'actuelle définition de la low-tech (Utile, Accessible, Durable) proposée par le Low-Tech Lab ne permettrait pas de répondre simplement à des questions comme « une voiture peut-elle être low-tech ? ». Autrement dit : il manque une définition « administrative » du concept, qui permette à des décideurs (politiques, économiques) de faire des choix.

4-la low-tech demeure cantonnée à des usages domestiques difficiles à mettre en pratique dans le cadre de la vie des entreprises (conclusions d’une étude de 2021 sur la low-tech en entreprise, menée par l’équipe de Goodwill Management, dirigée par Alan Fustec que l'on retrouvera dans notre n°4).

En résumé, la low-tech souffrirait d'une image de « bricolage new age » qui effraie les décideurs cravatés. Ainsi, pour faire enter la low-tech dans la cour des grands, il suffit de troquer le t-shirt et la coupe ébouriffée pour une chemise repassée et une calvitie avancée. Tadammm, voilà Philippe Bihouix !

Cet homme est à la low-tech ce que J-M. Jancovici est à l'écologie : l'ingé propre sur lui qui dit au micro d’Europe 1 ce que les écolos beuglent dans des mégaphones depuis 50 ans (hors nucléaire).

Baroudeurs du D.I.Y et D.G. frugaux

Nous avons donc notre gourou-rassurant. Il nous manque encore notre définition énarcho-compatible... Ah, mais c'est chose faite ! Dans un de ses rapports, l'ADEME précise que « l’approche low-tech, parfois appelée innovation frugale, est une démarche innovante et inventive de conception et d’évolution de produits, de services, de procédés ou de systèmes qui vise à maximiser leur utilité sociale, et dont l’impact environnemental n’excède pas les limites locales et planétaires. La démarche low-tech implique un questionnement du besoin visant à ne garder que l’essentiel, la réduction de la complexité technologique, l’entretien de ce qui existe plutôt que son remplacement. La démarche low-tech permet également au plus grand nombre d’accéder aux réponses qu’elle produit et d’en maîtriser leurs contenus. » Bref, utile, accessible, durable. Voi-là !

Problème : maintenant, deux définitions de la low-tech se font face. Certains t-shirts pourraient grincent des dents, en voyant des cols blancs dissoudre la low-tech dans l'innovation frugale... cheval de Troie du consumérisme ! Eh oui, comme le dénoncent certains, l'innovation frugale poursuit la logique marchande. Et si les grandes entreprises adorent ce concept, c'est qu'une innovation frugale nécessite souvent de lourds investissements que l'Etat, dans quête de "croissance sobre", viendra financer. Un exemple : encore une fois, je vous ressers mon histoire d'isolation à grande vitesse du parc de logements sociaux avec des briques de paille ou de chanvre compressé.

De là à dire que deux visions de la low-tech s'opposent, il n'y a qu'un pas !

Heureusement, il n'a pas (encore) été franchi !

Car les baroudeurs du DIY et les D.G. frugaux se retrouvent toujours bras dessus, bras dessous, pour affronter le techno-solutionnisme. Ah ! Rien de mieux qu’un ennemi commun pour mettre tout le monde d’accord et construire un projet positif.

Oui, le contre précède souvent le pour. C’est ainsi. Et dans l’univers de la low-tech, on s’oppose sans détour à la vision ultra-technologisée de notre société. À ce modèle techno-économique dominant, où chaque innovation, chaque « solution », ne fait que s’empiler sur les autres, pour consommer toujours plus d’énergies fossiles.

Face au techno-solutionnisme qui menace tous les efforts de sobriété qui pourraient être engagés, « il est désormais temps d’agir, ensemble », comme dit le manifeste pour une ville low-tech*. Mieux vaut un petit ET qu'un grand OU.

`Pour en savoir plus sur ce sujet, retrouver notre dossier dans le n°2 du Low-Tech Journal.

Et le Low-tech Journal dans tout ça ?

T-shirt et cols blancs pédalent sur le même tandem. Il ont une place égale dans notre mag. Avec eux, on va tenter de déconstruire les imaginaires technologiques, d’apporter à la low-tech la même puissance évocatrice que la science-fiction « techno-futuriste ». 

On donnera la parole à tou(te)s celles et ceux qui auront les mots pour tordre le coup à l’idée que la vie « low » est une vie de sacrifices, « en mode dégradé ». On ouvrira nos colonnes à tou.t.es celles et ceux qui montreront combien la low-tech peut-être source de plaisir, d’émancipation et d’opportunités.

Nous les aiderons aussi à politiser le mouvement. Car, comme le disait le "technologue" Langdon Winner, il ne suffit pas de mener de petites transformations sociales et techniques dans une démarche non-conflictuelle et presque naïve. On ne peut perpétuellement éviter toute confrontation directe avec les réalités du pouvoir politique et social. Bref, l’avenir de la low-tech passe probablement par la structuration d’une force d'action collective, avec, autour de la table, des t-shirts et des cols blancs. Et nous serons là pour vous raconter ce moment !

Jacques Tiberi

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Commentaires (1)

loic

Bonjour,
je passe par ce blog en espérant enfin avoir une réponse car après 2 messages laissés via le formulaire contact je suis sans réponse à ma question qui est : suite à ma contribution via le crowfunding d'avril 2022 via kisskissbankbank, je n'ai à ce jour reçu aucun numéro du low tech journal. Pourriez-vous vérifier que mon inscription est bien effective. Merci et à bientôt j'espère

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