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Biochar, le nouvel or noir ?

Le biochar, charbon végétal obtenu par pyrolyse de résidus organiques, agit comme puits de carbone, source d'énergie et fertilisant. Classé par le GIEC parmi les technologies d'émissions négatives, il permet de stocker durablement du CO₂ tout en valorisant des déchets agricoles. Mais, malgré ces indéniables qualités, de nombreuses incertitudes planent encore au-dessus de lui. Creusons la question !

Cet article est extrait du n°17 du Low-Tech Journal. Découvrez le mag ! 

1541, Amérique du Sud. Le colon Francisco de Orellana descend l'impassible Amazone et rapporte dans ses cahiers la description d'une civilisation riche et sophistiquée, dont il exhibe la « Terra Preta », une terre sombre à l'exceptionnelle fertilité. Le secret de sa richesse : la présence de ce que l'on nomme aujourd'hui le biochar.

Cette poudre carbonique est obtenue grâce à la pyrolyse de la biomasse dans des fours sans oxygène, à une température comprise entre 350 °C et 650 °C. Le charbon de biomasse ainsi obtenu est, en réalité, constitué de nombreuses structures fractales, pleines de micro-creux, où les micro-organismes vont pouvoir trouver refuge.

En plus d'améliorer la qualité d'un sol, le biochar est considéré comme l'ingrédient parfait d'un nouvel « asphalte perméable » pour recouvrir les rues, mais aussi comme une technique de captation du carbone (selon les études, 1 tonne de biochar pourrait stocker l'équivalent de 3 tonnes de CO₂).

Trois révolutions en une seule technique : voilà pourquoi certains n'hésitent plus à qualifier le biochar de « nouvel or noir ».

Une alternative aux engrais azotés

En août 2023, une étude de l'université A&M (Texas) a révélé les effets du biochar sur le microbiome d'une plantation de tomates. Résultat : un sol fertilisé, plein de « microbes » bénéfiques aux végétaux, et une réduction de l'activité des champignons pathogènes.

Même si l'utilisation du biochar n'a pas d'effet immédiat sur le rendement des plants de tomates (ce n'est pas un engrais), il va enrichir le sol, améliorer sa rétention d'eau, réduire l'acidité du pH et, donc, l'usage d'engrais. Bref : le biochar améliore l'environnement de culture et permet aux plantes de mieux absorber les nutriments.

Une voie de décarbonation du béton et une amélioration de l'asphalte

Le béton est responsable de 8 % des émissions de CO₂ à l'échelle globale. La principale cause de ces émissions est la fabrication du clinker : un composé obtenu par la cuisson d'un mélange de calcaire et d'argile à 1 400 °C.

En incorporant du biochar à la recette du ciment, des chercheurs (notamment les Français de Vicat et un labo de l'université de Washington) ont réduit les émissions du béton de plus de 30 %.

Autre avantage du biochar : être intégré à l'asphalte pour rendre le sol des villes poreux et, ainsi, lutter contre les inondations exacerbées par l'imperméabilisation urbaine, favoriser l'infiltration des eaux pluviales et améliorer la biodiversité. Il est déjà expérimenté à Stockholm ou à Franconville (voir Bio Terre Franconville).

Un or noir... ruineux !

Si le biochar reste encore peu utilisé dans l'industrie, c'est à cause de son prix. En Europe, il se négocie généralement entre 600 et 800 €/tonne. Or, la quantité requise pour un usage agricole est de l'ordre de plusieurs tonnes par hectare. Le coût financier est trop élevé pour la plupart des agriculteurs. Sauf... si l'on utilise un pyrolyseur low-tech !

Solution low-tech : le pyrolyseur de biochar de La Belle Tech

Plutôt que d'acheter un pyrolyseur high-tech très coûteux, les ingénieurs de La Belle Tech (Normandie) ont élaboré un four mobile construit sur une remorque, afin qu'il soit mutualisé entre plusieurs entreprises et déplacé au plus près des gisements de déchets verts à transformer (déchets de cultures céréalières, chutes de coupes de bois...). Il n'est évidemment pas question de brûler du bois de chauffage : ce n'est qu'à condition de valoriser des déchets organiques que le biochar permet la « séquestration d'un carbone stable ».

Plus low-tech que les pyrolyseurs industriels, le modèle de La Belle Tech est accessible, facile à entretenir et à réparer. De plus, il accepte des intrants de forme et de taille très variées. Enfin, l'entreprise accompagne chaque utilisateur de la machine, afin que celui-ci se l'approprie et réduise ses coûts d'entretien.

Un nouveau greenwashing dévastateur ?

Le biochar attise la convoitise d'investisseurs peu scrupuleux. Sa capacité à stocker le carbone permettrait de générer des « crédits carbone ». À quoi bon planter des hectares d'épicéas à longueur de journée, alors que l'on peut gagner dix fois plus en brûlant des forêts pour faire du biochar ? C'est ainsi que le biochar de bois est en train de devenir le nouveau chouchou de la finance verte !

Plutôt que de brûler des résidus de culture (déchets de la production du maïs ou du blé, par exemple), et ainsi d'obtenir un bilan carbone vraiment positif, certains, pressés de cumuler des « crédits carbone » faciles, sont tentés d'en produire à partir de forêts anciennes ou primaires. Et voilà qu'on apprend que la start-up française NetZero vient d'ouvrir deux usines de production de biochar en Afrique et en Amérique du Sud...

biochar lowtech

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