Publié par Jacques Tiberi dans Extraits du mag le 24/07/2026 à 20:35
Quatre faces et un toit. Est-ce vraiment l'alpha et l'oméga de l'architecture ? Pas pour l'Alsacien Éric Wasser, qui conjugue créativité et éco-construction avec son Héliodome : une maison dont la forme, l'orientation et les matériaux lui permettent d'être chaleureuse en hiver et de rester fraîche en été, sans avoir recours à un système de chauffage, ni à la climatisation. Petit tour du propriétaire.
Cet article est extrait du n°4 du Low-Tech Journal
Pendant près de 4 millénaires, l'humanité a vénéré le soleil. Râ en Égypte, Utu en Mésopotamie, Inti dans l'Empire inca, Hélios en Grèce... Aujourd'hui, les solstices ont pratiquement disparu de nos calendriers. Et nous avons cessé de bâtir en accord avec notre étoile. Nous avons oublié que le soleil d'hiver — doux et bas — n'est pas le soleil d'été — haut et brutal. Que son cycle dessine une géométrie de la vie.
Nous avons oublié la puissance de son énergie passive. Nous lui avons préféré une énergie active, que nous pouvions consommer au gré de nos envies, « piloter », comme on dit.
Éric Wasser, ébéniste de formation devenu designer, s'est mis en tête de réconcilier l'architecture avec notre environnement. Vaste chantier ! Son défi : sculpter un volume qui épouse les trajectoires solaires, pour capter l'ensoleillement hivernal et se préserver du soleil d'été.
Sa démarche « bioclimatique » s'inspire du cadran solaire. Pourtant, malgré la simplicité de cet objet de référence, sa transformation en bâtiment a exigé des milliers d'heures de calculs, des logiciels de design 3D (Solidworks), trois prototypes avortés et plusieurs années de chantier pour que l'Héliodome voie le jour en 2009.
Résultat : un objet architectural non identifié en forme de toupie (oloïde), avec des fondations en béton, 180 m² de vitrage au Sud, surplombé d'un toit de bois et de cuivre au Nord. Le tout pour un coût de construction de 2 500 euros/m². Un intérieur sans cloison, dans lequel on n'allume les lumières qu'à la nuit tombée.
Une maison qui « redistribue l'énergie solaire sous forme de confort », à l'intérieur de laquelle la température oscille autour de 20 °C toute l'année, et qui ne consomme pas plus de 15 kWh/m² par an d'énergie de chauffage (soit 80 % d'économie par rapport à un bâtiment conventionnel). Une révolution.
Depuis, Éric Wasser a gagné le concours Lépine (2003) et reçu le prix Solar (Suisse).
Il essaime, avec cinq répliques de l'Héliodome, en France (Saint-Dié-des-Vosges, Besançon, Dijon), puis dans le Valais suisse et en Allemagne.
Il imagine aussi des concepts de maisons, de bureaux et même de tiny houses ! En effet, sa dernière création est une petite maison passive de 20 m² habitables, avec une hauteur de 5 mètres.
Mais pourra-t-on un jour rénover, adapter des bâtiments existants avec cette méthode « bioclimatique » ? Peut-on vraiment installer un vitrage incliné sur les façades de tous les bâtiments orientés vers le sud ?
« C'est un immense chantier, concède Éric Wasser. Mais pas plus énorme que celui d'isoler tous les immeubles modernes par l'extérieur, comme on commence à le faire. Mais je trouve que la géométrie solaire offre une réponse bien plus complète que la seule isolation : isoler, ça ne rafraîchit pas l'espace. La forme de l'Héliodome, si ! »
Or, demain, nous aurons autant besoin de lutter contre le froid que contre les grandes canicules.
Malgré tout, Éric Wasser a du mal à se définir comme un inventeur : « Cette géométrie est vieille comme le monde ! On aurait pu le faire depuis très longtemps... Sauf qu'on a décidé que le soleil était un point fixe dans le ciel. Donc je ne me vois pas comme un inventeur. Je n'ai fait qu'exprimer quelque chose qui existe depuis toujours ! »
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