Publié par La Rédaction dans Extraits du mag le 14/08/2026 à 16:37
Depuis 1949, l'indépendance de Taïwan agace Pékin, qui rêve d'une « réunification ». Les États-Unis auraient-ils les moyens de défendre l'île en cas d'attaque ? Attaque qui semble imminente, et dont les conséquences seraient dévastatrices pour le système techno-industriel occidental.
Selon la CIA, le président chinois Xi Jinping aurait exigé que ses généraux soient prêts pour une invasion de Taïwan « d'ici 2027 ». Une date hautement symbolique. Elle correspond, à la fois, au centenaire de l'Armée populaire de libération (APL) et au 21ᵉ Congrès du Parti communiste chinois (PCC). Le bon moment pour effectuer une démonstration de force pour Xi, qui brigue un quatrième mandat et a toujours affirmé que la « réunification » avec Taïwan serait son héritage politique.
Avec une Amérique en difficulté en Ukraine et enlisée en Iran… la Chine a une belle opportunité. Mais vous allez voir que l'opération n'est pas si facile à mener !
On ne traverse pas le détroit de Taïwan si facilement. Large d'environ 150 kilomètres, l'environnement y est hostile, en particulier lors de la saison des cyclones (de mai à novembre), avec des vents puissants et des vagues de 5 mètres de haut. Si l'attaque n'a pas déjà eu lieu à l'heure d'imprimer ce numéro, elle ne devrait pas intervenir avant Noël 2026.
Ensuite, l'armée chinoise ne dispose que de deux unités amphibies entraînées et équipées pour accomplir cette mission.
Selon la CIA, moins de 15 000 hommes pourraient atteindre Taïwan dans les 48 premières heures de l'attaque, mais sous un feu nourri de missiles, de mines sous-marines, de drones…
Pire : en mer de Chine méridionale, ils trouveraient sur leur route les îles Kinmen, Matsu et Wuqiu. Ils ne pourraient attaquer Taïwan sans contrôler ces îles. Ce qui pourrait prendre… des jours ! Adieu l'effet de surprise.
Enfin, lors de l'attaque au sol, l'APL serait confrontée à une forte réponse militaire, le président taïwanais ayant accru les dépenses et les entraînements sous la pression américaine.
En 2023, le think-tank Center for Strategic and International Studies a simulé un débarquement. La Chine en sortait perdante à tous les coups.
La Chine dispose de toute une panoplie d'autres scénarios pour faire plier Taïwan. L'option pacifiste serait de faire tomber le gouvernement et d'y placer un gouvernement fantoche pro-chinois. La Chine s'emploie déjà à faire monter l'opposition pro-communiste sur les réseaux sociaux et dans la presse. Avec un certain succès.
Mais l'option la plus crédible reste celle d'un blocus maritime et aérien de l'île, au prétexte d'exercices militaires prolongés. Pékin bloquerait les accès maritimes et aériens. Cette opération pourrait être couplée à une action de « décapitation » des centres de décision, associant l'envoi de missiles balistiques*, d'attaques cyber et de sabotages (qui consistent à couper les câbles sous-marins dont dépend la connexion internet de l'île).
Pour réaliser ce scénario hybride, l'APL pourrait faire appel à sa botte secrète : une milice maritime. Une vaste flotte de navires de pêche, dont les équipages réunissent des pêcheurs paramilitaires. Leurs coques en bois ont été renforcées en acier, et ils réalisent régulièrement des exercices à grande échelle. Ensemble, ils formeraient un « mur » artificiel hermétique autour de Taïwan.
Le détroit de Taïwan est une voie maritime majeure que traversent chaque jour 400 à 500 navires de commerce, depuis et vers la Chine, la Corée du Sud et le Japon.
Vous comprenez qu'à la minute où la Chine interviendra, les exportations de puces à destination de l'industrie américaine stopperont.
Un rapport confidentiel commandé en 2022 par la Semiconductor Industry Association indique que l'interruption de l'approvisionnement en puces provoquerait la plus grande crise économique depuis la Grande Dépression de 1929.
La production économique américaine chuterait de 11 %, soit deux fois plus qu'en 2008. L'économie mondiale pourrait rapidement être mise à genoux : Taïwan fabrique 97 % des puces informatiques qui alimentent smartphones, ordinateurs et data centers. Les stocks de semi-conducteurs ne permettent pas aux systèmes américains de tenir plus d'une poignée de mois. Incapable d'entretenir les data centers, le système numérique mondial s'effondrerait rapidement.
Compte tenu des enjeux, tout est fait pour sauver le soldat TSMC (le plus gros producteur local). Beaucoup d'acteurs politiques ont menacé de détruire les usines de semi-conducteurs taïwanaises pour dissuader la Chine d'envahir l'île. Certains évoquent même la possibilité de « désactiver » les usines à distance grâce à des kill switches (des boutons stop).
Ces théories sont farfelues : selon les experts, il est inutile de détruire les usines, car un blocus de Taïwan les mettrait au chômage technique.
Les usines TSMC ne sont que les derniers maillons d'une vaste chaîne d'approvisionnement en composants et équipements venant du Japon, de Corée et même des États-Unis (notamment les machines lithographiques d'ASML).
Autre option : rapatrier TSMC en terre américaine. En son temps, Biden a déversé des milliards de subventions pour développer la production de puces en Arizona (le CHIPS Act de 2022 a financé 100 milliards $ de friendshoring, de co-construction d'usines).
Trop peu et trop tard. TSMC a bien quatre usines en construction aux États-Unis, mais elles ne seront opérationnelles qu'en 2028. Et, malgré les pressions de Trump pour accélérer la délocalisation de sa production, TSMC a réaffirmé que transférer 40 % de ses capacités était impossible.
Produire des puces de haute qualité exige un écosystème dense de fournisseurs, d'ingénieurs et de savoir-faire, qui reste difficilement reproductible aux États-Unis. C'est une chaîne de valeur extrêmement complexe et intégrée entre le Japon, la Corée du Sud et la Chine, dont Taïwan est la clé de voûte. Faites-la tomber, et tout un système s'effondre. D'après vous, à qui profiterait ce crime ?
* Pékin dispose d'un arsenal de 600 armes hypersoniques, capables d'atteindre 5 fois la vitesse du son et difficiles à intercepter.
Sources : Un rapport confidentiel du Pentagone, révélé par le New York Times en décembre 2024, baptisé « Overwatch ». Et la série Zero Day, une production taïwanaise réalisée en 2025.
À lire : Chip War, l'enquête de Chris Miller qui révèle la bombe à retardement de la guerre des puces. Non traduit en français à ce jour.
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