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La low-tech à la maison ? Mode d'emploi

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Andréane Valot, designeuse diplômée de l’ENSCI, expérimente depuis plus d’une année la démarche low-tech à l’échelle de son appartement et de son immeuble. En quelques mois, elle n’a pas seulement transformé son mode de vie, mais a carrément fomenté un mouvement de transition collectif avec l’aide de ses voisins. Reportage à retrouver dans le numéro 6 du Low-Tech Journal.

frigo low-tech-min

Un immeuble néo-rétro du nord-ouest parisien, avec vue sur un parc. Un ancien hôtel, converti en lucratif immeuble de rapport – comme on dit – où logent une soixantaine de locataires. La plupart, dans d'anciennes chambres de 12 à 18 m2, reconverties en studettes. Digicode, interrupteur, tapis rouges, concierge, ascenseur. Dans le genre classique, banal et propret, on ne fait pas mieux.

La maison de Mary Poppins

C'est au 7e étage que je retrouve Andréane. “Bienvenue dans la maison de Mary Poppins !” dit-elle en m’accueillant. Ah ? Pourtant, autour de moi, tout n’est que minimalisme, calme et sobriété. Mais, derrière cette déco épurée, se cache effectivement un véritable atelier low-tech : au sommet d’un placard, une machine à pâte jouxte une caisse à outils et une caisse à vélo, plus bas on aperçoit un robot de cuisine vintage, dans un coin : une petite machine à coudre. Le parfait kit de la lautéqueuse !

Mais l’essentiel est invisible pour les yeux, comme disait St-Ex. Car, chez Andréane, la véritable sobriété est énergétique. “Tout est notamment parti d’une réflexion autour des flux (électricité, chaleur, humidité...), m’explique-t-elle en branchant son iPhone 5 reconditionné par ses soins. J’ai donc interrogé mes usages, et j’ai cherché des façons de moins utiliser mon frigo, mon chauffe-eau et mes plaques électriques.”

Le frigo ? Transformé en garde manger unplugged, dont seul le compartiment à glace est réfrigéré entre 4 et 7°C. Pour ce faire, un simple bidouillage a suffi : “j'ai modifié le thermostat, afin de pouvoir augmenter la température

Trésors d'ingénierie culinaire

Pour réduire sa consommation d’eau chaude, Andréane privilégie le lavabo et ne prend que trois douches par semaine. Et, encore, des douches tièdes sous lesquelles elle ne reste pas longtemps. “J’ai juste baissé la température de consigne de mon chauffe-eau. Au printemps et en été, je l’éteins carrément, et le rallume si besoin. Mais les douches froides me rafraîchissent.” Mais, elle n’a pas peur des salmonelles ? “J’ai décidé que... non ! Ce serait dangereux si je buvais l’eau de la douche ou si j’avais des enfants. Ce n’est pas le cas.” Quant aux plaques électriques, la jeune femme, qui n’achète pas de plats cuisinés et passe une à deux heures aux fourneaux chaque soir, a déployé des trésors d’ingénierie culinaire. “Je fais toujours la cuisine pour deux repas : le diner et le déjeuner du lendemain - que j’amène au travail dans un Tupperware. Ensuite, je préchauffe l’eau de cuisson au micro-ondes avant de la verser dans la casserole, ça économise de l’énergie. Si je fais des oeufs durs, j’en profite pour cuire des légumes à la vapeur dans un panier placé au-dessus. Et je réutilise l’eau de cuisson des légumes pour faire un bouillon... ou celle des oeufs pour remplir une bouillotte s’il fait froid !”

Dernière astuce : elle retourne l’inertie thermique de ses vieilles plaques en fonte à son avantage, comme on le ferait avec une marmite norvégienne. Un timing millimétré ! *

Micro-révolutions

Avant de quitter l'appartement, je remarque un discret bokashi et une étrange grille sur la porte d'entrée. Dans le bokashi (un composteur d'intérieur, voir le tuto du n°3 du Low-tech Journal) il y a une à trois semaine(s) d'épluchures et de restes. "C'est hermétiquement fermé, je n'ai donc pas de problème d’odeur, ni d’insecte." Quand le seau est plein, elle le confie aux Alchimistes : une petite entreprise qui a lancé une filière de recyclage des déchets organiques à Paris et en proche banlieue. Il suffit de déposer ses déchets dans une borne, qui seront récupérés par un vélocargo pour être recyclés. L'abonnement aux Alchimistes est à prix libre et conscient. "C'est bien plus pratique qu'un composteur d'immeuble : il serait très vite plein et personne ne profiterait du compost... puisqu’il n’y a ni place, ni jardin !" Quant à la grille sur la porte d'entrée, je vous laisse étudier la photo ci-dessous.

Extension du domaine de la lutte

Composé quasi exclusivement de studios meublés, cet immeuble a des airs de résidence étudiante, le fun en moins. On le remarque bien dans les parties communes : des artères de passage désincarnées, sans aucun espace propice à la rencontre ou à la discussion. “J’ai tout de suite senti qu’il manquait un lieu de rencontre pour les voisins.

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Il fallait organiser des espaces d’échange. J’ai commencé par distribuer un questionnaire dans les boîtes aux lettres. Un simple flyer, pour sonder l’état d’esprit des voisins. Et j’ai eu beaucoup de réponses, dont 8 sur 10 demandaient l’organisation d’une fête des voisins. Donc on a commencé par organiser la fête dans le kiosque du parc, juste en face. Là, on a décidé de créer un groupe WhatsApp pour échanger. La moitié des locataires l’a rejoint. Ça nous permet d’organiser les apéros chez les uns, de se prêter un escabeau, une perceuse, demander un coup de main... Ça crée du lien." Andréane a même convié des voisins à des “apéro couture”. Des moments privilégiés pour échanger des idées.

"Par exemple, on aimerait créer une laverie collective dans les sanitaires communs qui existent à chaque étage et ne sont pas utilisés. Il suffirait de mettre une machine : il y a l’arrivée et l’évacuation d’eau ! Mais, le temps de convaincre les copropriétaires, on a décidé de se prêter individuellement les machines. Maintenant, je fais ma lessive chez un voisin qui est souvent en déplacement. En échange, j’entretiens ses plantes ou je fais des petites réparations."

Petites victoires, grands défis

La négociation avec les copropriétaires est rude. Sur la table, plusieurs gros chantiers : l’isolation des souspentes, la mise en place d’une laverie collective et la pose des panneaux solaires sur le toit. “Mais ça implique des investissements de la part des proprios qui n’y voient aucun intérêt financier ! Il va falloir beaucoup de volonté pour faire levier.” Pour info, en France, 42 % des appartements sont des “immeubles de rapport” : ils sont loués, mais pas occupés par leur propriétaire, dont l’intérêt financier prime sur le reste. Dans le même temps, les locataires n’ont aucun réel pouvoir sur le conseil syndical.

Pour l’heure, le collectif de locataires n’est parvenu à réaliser que deux projets. D’abord, la pose d’une affiche dans l’entrée, avec un QR Code qui permet à tout nouvel arrivant de rejoindre le groupe WhatsApp. Ensuite, la présence d’une armoire à don dans le hall d’entrée, avec l’accord et le soutien de Fatima, la concierge. On y trouve des livres, des habits, peut-être bientôt une Regenbox pour recharger ses piles. Plusieurs fois, le président du conseil syndical, en visite dans l’immeuble, a balancé le contenu de l’armoire à la benne, sous prétexte que “ça fait désordre”. Malgré tout, l'armoire est revenue. Il a fini par accepter sa présence discrète.

En effet : elle se fond dans le décor, et sa porte dissimule les objets. “C’est notre première victoire et notre grande fierté. Ça motive les locataires à aller plus loin précise Andréane, mais c'est un dialogue de sourds avec la copro.”

-Personne n’a envisagé une action plus musclée ? Comme une grève des loyers, par exemple ?, je demande.

-Non, les locataires craignent trop d’entrer en conflit avec leur proprio et de perdre leur appart. La solution est plus politicienne. Car la plupart des copropriétaires sont totalement passifs : tant que les loyers rentrent et qu’il n’y a pas trop de charges, ils sont contents. Mais les dirigeants du conseil syndical, eux, font partie de la minorité hostile à nos propositions. Heureusement, un des seuls proprios occupants nous soutient. Et notre but est de le faire élire à la tête du conseil syndical. Là, ça pourrait tout changer.

Cet immeuble, c’est un miroir parfait de notre société, avec sa lutte des classes entre propriétaires et locataires, ses conflits de valeurs (gagner de fric VS vivre bien) et ses affrontements politiques. Bien plus que des techniques low-tech, Andréane mène ici une formidable expérimentation de transition écologique, entre “grassroots movement” et utopie réelle. Elle révèle les freins et les accélérateurs des dynamiques de changement. Et donne à voir les luttes écologiques et sociales sous un nouvel angle. Retrouvez le rapport complet de cette expérimentation, telle que publiée par Andréane sur le blog du lowtechlab.org, sous le titre "Habiter en milieu urbain et low-tech".

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