Publié par Jacques Tiberi dans Extrait du mag le 01/09/2025 à 22:32
J’ai roulé 3 mois avec un vélo électrique sans batterie au lithium ! Le seul vélo électrique sans batterie du marché.
Lancé en 2022 par l’ingénieur Adrien Lelièvre, il n’utilise pas de batterie au lithium, mais des supercondensateurs qui stockent et restituent l'énergie générée lors du pédalage, du freinage et des descentes...
Voici mon bilan au guidon de ce VAE lower-tech ! À première vue, le Pi-Pop ressemble à n’importe quel VAE. La seule différence se trouve à l’arrière : sous le porte-bagages, on trouve deux éléments, là où se loge, d’habitude, la batterie lithium-ion. Comme avec tout ce qui est low-tech, ce vélo est un engagement, une volonté d’alléger son empreinte écologique, une tentative de faire évoluer les mentalités en choisissant une alternative un peu plus radicale.
Il ne se substitue pas à vos jambes. Il se contente de vous donner une petite poussée dans le dos, quand vous commencez à faiblir. L’assistance électrique n’intervient, en effet, que lors du démarrage et dans les dénivelés. Son assistance est donc « ponctuelle ». En pointillés. Ça reste physique. Ça reste humain. Et vous terminerez souvent votre trajet « dans le rouge » et en sueur.
Ce qui distingue le Pi-Pop d’un autre VAE, c’est l’absence de batterie lithium, remplacée par des supercondensateurs à double couche électrochimique (EDLC). Les condensateurs se rechargent et se déchargent au gré des freinages et accélérations, à l'image d'une dynamo. Ces deux blocs sont uniquement composés de carbone, d’aluminium (pour collecter le courant), de polymère (plastique) et de cellulose. C’est tout. Pas de lithium, ni de nickel, de manganèse ou de cobalt. Pas de terre rare.
Autre avantage des condensateurs EDLC : il n’y a pas de réaction chimique. Ainsi, alors qu’une batterie lithium lâche au bout de 5 ans, un supercondensateur EDLC a une durée de vie de 10 à 15 ans. Cette innovation frugale, brevetée, est le fruit de 6 années de R&D récompensées par une médaille d'Or au concours Lépine 2024. une gestion intelligente de l'énergie L'expérience de conduite avec le Pi-Pop est comparable à celle des premières Toyota Prius, il y a vingt ans. Vous vous souvenez ?
Leur mode de conduite, c’était "tout un art" et il fallait un "temps d’adaptation". Pour bien utiliser ce vélo, il faut avoir l’œil rivé sur le petit écran, minimaliste, qui indique la puissance (et non la vitesse) exilée en bas en plus petit. Il vous informe d’une recharge (vert) ou d’un appel de l’assistance électrique (rouge). En fait, il faut dire à l'ordinateur de bord qu’on a besoin d’aide en jouant sur les pignons et en ralentissant la cadence. Si vous accélérez, l’ordinateur considère que vous n’avez pas besoin d’assistance. Si vous passez le petit plateau en début de montée et moulinez : l’assistance ne fonctionne pas. Au bout d'une semaine, j'ai compris qu'il fallait enclencher la deuxième vitesse et pédaler à 1 tour/seconde pour activer l'assistance qui dure environ 7 minutes pour une batterie chargée à 50 %.
Pour recharger les condensateurs, c’est une autre gymnastique. Le système récupère de l'énergie dès que vous freinez, descendez ou accélérez sur du plat. Les freins électromagnétiques ont une grande capacité de régénération d’énergie. On l’actionne en pressant légèrement les poignées de frein. Mais, si votre coup de pince est trop fort, vous activez les étriers de freins sans prendre d’énergie. La recharge s’amorce aussi en décélération et lors d’une descente. Freiner sur ce vélo devient un jeu d’anticipation à l’approche de chaque feu rouge ou d’une descente. Il m’a fallu 3 jours pour maîtriser la technique.
Franchement, si j'habitais à Paris, Lyon ou Bordeaux, j'achèterais le Pi-Pop illico. Mais, dans ma campagne, il ne répond pas à mes besoins : même s’il est taillé pour les dénivelés de 50 m – soit 80 % des villes européennes – mon environnement de vie n’est pas assez vallonné pour me permettre de recharger entre deux côtes ou faux plats. Le matin, mes condensateurs sont vides. Les courtes décentes de mon trajet ne permettent pas de les recharger. Je me retrouve donc avec un vélo musculaire, qui pèse 5 kg de plus qu’un bon vieux Gravel. C’est du sport !
En revanche, dans Paris, c’est du velours. J’ai lu aussi beaucoup d’autres tests très concluants en zone urbaine. Quant aux prix : à 2450 €, le Pi-Pop se positionne dans le segment haut de gamme du marché des VAE. J’allais écrire qu’il lui manque un bouton HELP permettant d’activer l'assistance, à la demande.
Mais j'apprends qu'une nouvelle version serait dispo, avec des condensateurs plus puissants (400 au lieu de 300 W). Donc, si vous vivez dans un presque-plat-pays et que vous voulez soutenir l’émergence d’une innovation frugale révolutionnaire, n’hésitez pas à l’essayer !
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